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Literotica Guru
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Effet de serre: la France s'éloigne de Kyoto
Au Salon Pollutec, une mission officielle pointe des secteurs d'activité à la traîne.
Par Laure NOUALHAT
mercredi 27 novembre 2002
«Les mesures en place ne correspondent qu'à 10 % des mesures que le PNLCC s'est engagé à prendre. Ce sont des grands principes sans décisions concrètes.» Le président du réseau Action Climat Lyon envoyée spéciale
«Peut mieux faire.» La copie de la France sur ses réductions d'émissions de gaz à effet de serre n'est ni celle d'un cancre ni celle d'un premier de la classe. En tout cas, pour éteindre le feu qu'évoquait Jacques Chirac au Sommet de Johannesburg fin août, l'élève France n'a pas encore trouvé la lance à incendie. Le second bilan annuel de la Mission interministérielle sur l'effet de serre (Mies) a été présenté hier dans le cadre du salon Pollutec, qui se tient à Lyon jusqu'à vendredi.
Surprise. Le verre est à moitié plein, ou vide. Ce bilan révèle un étrange mélange d'optimisme et d'inquiétude sur l'avenir. «Malgré nos bons résultats, les tendances relevées conduisent à douter que les objectifs de Kyoto soient tenus avec les seules mesures actuellement en oeuvre.» La France vit ainsi une situation paradoxale : elle émet moins de gaz à effet de serre aujourd'hui qu'en 1990. Mais dans le cadre des accords de Kyoto signés en 1997, la France s'est engagée pour 2010 à maintenir son niveau d'émissions à celui de 1990, c'est-à-dire à 552 millions de tonnes- équivalents CO2. En 2001, surprise, le bilan est positif : la France a rejeté 542 millions de tonnes, soit 2,7 % en moins par rapport aux chiffres de 1990. Cette légère baisse, bien qu'encourageante, est loin de suffire. Car si on continue sur notre niveau d'émissions actuel, «en 2010, on dépassera largement les objectifs fixés à Kyoto», précise Dominique Dron, présidente de la Mies. De 10 % exactement.
La faute à qui ? A deux secteurs d'activité plutôt généreux en émissions de gaz : les transports et le bâtiment, qui représentent à eux deux 47 % des émissions constatées en 2001. Pire, sur la période 1990-2001, les émissions dues aux transports ont augmenté de 26,2 % : une envolée qui réduit à néant les efforts réalisés dans le secteur industriel (qui émet 115 millions de tonnes en 2001, soit une baisse de 19 % par rapport à 1990). Dans le bâtiment, les émissions dues au résidentiel tertiaire augmentent de 12,6 %. «Le bâtiment est un mauvais secteur sur ce dossier», alerte Marina Faetanini, responsable climat chez WWF et membre du réseau Action Climat. «Il faut impérativement apprendre à faire le lien entre gaz à effet de serre et habitation.» De son côté, l'agriculture compte pour 18 % dans les émissions globales françaises, l'énergie 11 % et les déchets 3 %. «On constate une diversité d'état des secteurs, et c'est normal, explique Dominique Dron. L'urbanisme ne réagit pas de la même façon que les procédés de production industrielle.»
Renforcement. Pour redresser la barre, plusieurs mesures ont été proposées par la Mies. D'abord soutenir la cogénération _ c'est-à-dire la récupération de l'énergie _, ainsi que les énergies renouvelables : bois, biomasse, énergie solaire, éolienne. Mais aussi, lancement de campagnes d'information du grand public, notamment via le renforcement des points Info Energie (PIE). Mais tous ces engagements paraissent bien limités aux yeux du réseau Action Climat, qui réunit une trentaine d'ONG, dont Greenpeace et le WWF (World Wild Fund). «Les mesures en place à ce jour ne correspondent qu'à 10 % des mesures que le PNLCC (1) s'est engagé à prendre. Ce sont des grands principes sans décisions concrètes derrière», déplore Philippe Quirion, président du réseau. Et d'énumérer les mesures abandonnées par le PNLCC : l'écotaxe, principale mesure fiscale qui représentait 40 % des réductions du secteur du bâtiment, n'est plus à l'ordre du jour. Idem dans le secteur de l'agriculture où la redevance sur les excédents d'azote basée sur le principe du pollueur-payeur a été abandonnée, ou encore dans les transports où l'écotaxe aurait permis de réduire d'un quart les émissions liées à ce secteur.
La présidente de la Mies reconnaît la lenteur du processus. «Nous devons construire les bases d'une société beaucoup plus économe en carbone. La question de l'effet de serre est aussi une question de compétitivité économique. Les transports ont tellement influencé nos réseaux de production, de distribution, nos façons de consommer, que réduire les émissions dans ce secteur revient à toucher toute la chaîne.»
Seuils irréversibles. D'autant qu'il faut replacer ces données dans le contexte atmosphérique de la planète. D'après les experts du GIEC (groupe d'experts internationaux sur l'évolution du climat, mis en place en 1988), pour éviter de franchir des seuils irréversibles, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient être réduites de 60 à 80 % d'ici à la fin du siècle. A Kyoto, les pays se sont mis d'accord sur une petite réduction globale de 5 % d'ici à 2010... En tout état de cause, on est très loin du compte.
(1) Le PNLCC est le plan national de lutte contre le changement climatique, dépendant de la Mies.
Effet de serre: la France s'éloigne de Kyoto
Au Salon Pollutec, une mission officielle pointe des secteurs d'activité à la traîne.
Par Laure NOUALHAT
mercredi 27 novembre 2002
«Les mesures en place ne correspondent qu'à 10 % des mesures que le PNLCC s'est engagé à prendre. Ce sont des grands principes sans décisions concrètes.» Le président du réseau Action Climat Lyon envoyée spéciale
«Peut mieux faire.» La copie de la France sur ses réductions d'émissions de gaz à effet de serre n'est ni celle d'un cancre ni celle d'un premier de la classe. En tout cas, pour éteindre le feu qu'évoquait Jacques Chirac au Sommet de Johannesburg fin août, l'élève France n'a pas encore trouvé la lance à incendie. Le second bilan annuel de la Mission interministérielle sur l'effet de serre (Mies) a été présenté hier dans le cadre du salon Pollutec, qui se tient à Lyon jusqu'à vendredi.
Surprise. Le verre est à moitié plein, ou vide. Ce bilan révèle un étrange mélange d'optimisme et d'inquiétude sur l'avenir. «Malgré nos bons résultats, les tendances relevées conduisent à douter que les objectifs de Kyoto soient tenus avec les seules mesures actuellement en oeuvre.» La France vit ainsi une situation paradoxale : elle émet moins de gaz à effet de serre aujourd'hui qu'en 1990. Mais dans le cadre des accords de Kyoto signés en 1997, la France s'est engagée pour 2010 à maintenir son niveau d'émissions à celui de 1990, c'est-à-dire à 552 millions de tonnes- équivalents CO2. En 2001, surprise, le bilan est positif : la France a rejeté 542 millions de tonnes, soit 2,7 % en moins par rapport aux chiffres de 1990. Cette légère baisse, bien qu'encourageante, est loin de suffire. Car si on continue sur notre niveau d'émissions actuel, «en 2010, on dépassera largement les objectifs fixés à Kyoto», précise Dominique Dron, présidente de la Mies. De 10 % exactement.
La faute à qui ? A deux secteurs d'activité plutôt généreux en émissions de gaz : les transports et le bâtiment, qui représentent à eux deux 47 % des émissions constatées en 2001. Pire, sur la période 1990-2001, les émissions dues aux transports ont augmenté de 26,2 % : une envolée qui réduit à néant les efforts réalisés dans le secteur industriel (qui émet 115 millions de tonnes en 2001, soit une baisse de 19 % par rapport à 1990). Dans le bâtiment, les émissions dues au résidentiel tertiaire augmentent de 12,6 %. «Le bâtiment est un mauvais secteur sur ce dossier», alerte Marina Faetanini, responsable climat chez WWF et membre du réseau Action Climat. «Il faut impérativement apprendre à faire le lien entre gaz à effet de serre et habitation.» De son côté, l'agriculture compte pour 18 % dans les émissions globales françaises, l'énergie 11 % et les déchets 3 %. «On constate une diversité d'état des secteurs, et c'est normal, explique Dominique Dron. L'urbanisme ne réagit pas de la même façon que les procédés de production industrielle.»
Renforcement. Pour redresser la barre, plusieurs mesures ont été proposées par la Mies. D'abord soutenir la cogénération _ c'est-à-dire la récupération de l'énergie _, ainsi que les énergies renouvelables : bois, biomasse, énergie solaire, éolienne. Mais aussi, lancement de campagnes d'information du grand public, notamment via le renforcement des points Info Energie (PIE). Mais tous ces engagements paraissent bien limités aux yeux du réseau Action Climat, qui réunit une trentaine d'ONG, dont Greenpeace et le WWF (World Wild Fund). «Les mesures en place à ce jour ne correspondent qu'à 10 % des mesures que le PNLCC (1) s'est engagé à prendre. Ce sont des grands principes sans décisions concrètes derrière», déplore Philippe Quirion, président du réseau. Et d'énumérer les mesures abandonnées par le PNLCC : l'écotaxe, principale mesure fiscale qui représentait 40 % des réductions du secteur du bâtiment, n'est plus à l'ordre du jour. Idem dans le secteur de l'agriculture où la redevance sur les excédents d'azote basée sur le principe du pollueur-payeur a été abandonnée, ou encore dans les transports où l'écotaxe aurait permis de réduire d'un quart les émissions liées à ce secteur.
La présidente de la Mies reconnaît la lenteur du processus. «Nous devons construire les bases d'une société beaucoup plus économe en carbone. La question de l'effet de serre est aussi une question de compétitivité économique. Les transports ont tellement influencé nos réseaux de production, de distribution, nos façons de consommer, que réduire les émissions dans ce secteur revient à toucher toute la chaîne.»
Seuils irréversibles. D'autant qu'il faut replacer ces données dans le contexte atmosphérique de la planète. D'après les experts du GIEC (groupe d'experts internationaux sur l'évolution du climat, mis en place en 1988), pour éviter de franchir des seuils irréversibles, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient être réduites de 60 à 80 % d'ici à la fin du siècle. A Kyoto, les pays se sont mis d'accord sur une petite réduction globale de 5 % d'ici à 2010... En tout état de cause, on est très loin du compte.
(1) Le PNLCC est le plan national de lutte contre le changement climatique, dépendant de la Mies.